20 octobre 1981

J010 - Déménagement et embrouille au Telegraph Office

J'ai réglé Suliman et lui ai fait mes adieux.
Il a bien vu qu'il était inutile d'essayer de me faire changer d'avis. J'avais tout un éventail de raisons valables à lui opposer, mais ce brave homme, auquel le collier de barbe joint au bonnet donne une allure de gentil gnome, m'a semblé éprouver un certain regret à me voir partir. La preuve, il me propose de séjourner chez lui, après mon retour du Ladakh, pour 20 roupies par jour au lieu des 50 qu'il m'a fait payer jusque-là.

Un sac à dos monstrueusement fatiguant à porter, un gigantesque détour (au cours duquel je rencontre un flic qui me propose du hasch et ne fume qu'en dehors du service) et j'arrive dans ma cellule vers midi. Gulam m'attend depuis deux heures. Installation, puis déjeuner ("rice & vegetable") dans le jardin.


Embrouille au Telegraph Office

Entre temps, je suis passé au Telegraph Office mettre fin à un emmerdement qui a déjà trop duré.
Situé sur Maulama Azad Road, du côté de Badshah Kadal, c'est un vieux bureau sale et usé, avec deux guichets que prennent d'assaut les indiens télégraphiant à leurs familles. Parler avec l'employé kashmiri, en anglais, avec une vitre qui nous sépare, peut rendre fou.

La première démarche pour tenter de joindre ma famille par téléphone a été entreprise dimanche après-midi. L'employé me dit de repasser plus tard.
Je repasse vers 23h, de façon à joindre Paris à l'heure du dîner, après une bonne marche en provenance du house-boat.
- "Non, ce n'est pas possible d'obtenir une communication à cette heure. Répondez à ces questions, dans ce cahier, et donnez 20 roupies d'acompte".
Je m'exécute, commandant la liaison pour le lendemain 11 h.
Lundi, lorsque j'arrive au bureau, j'apprends, après avoir activé un peu les employés, que la ligne Srinagar-Delhi est coupée. On me conseille d'attendre une heure environ mais, en me renseignant, il s'avère que la ligne ne sera pas rétablie dans la journée. Tout est donc reporté de 24 heures.
Ce matin donc, nouveau jogging dans l'espoir d'entendre une voix familière. Même déception. Comme les chances d'obtenir la communication dans la journée sont restreintes, et celles de perdre mon temps énormes, je décide de récupérer mes billes. L'employé me tend le cahier, me demandant d'écrire "Reçu, 20 roupies" et de signer, ce que je fais immédiatement, pressé d'en finir.
Cela avait beau m'avoir effleuré l'esprit un instant, mais jamais je n'aurais imaginé qu'il aurait l'aplomb de le faire. Quand je lui réclame mon argent, ce con me montre le cahier que je lui ai rendu et me lit à haute voix : "Reçu, vingt roupies".
L'indignation fait tressaillir ma voix et j'obtiens finalement mon dû après l'intervention d'un autre employé de grade supérieur, très au fait de la malice de ses subalternes.
Sacrés gens, une fois dans la rue, j'en éclate de rire au nez de la sentinelle postée à l'entrée.


Dans la cellule qui jouxte la mienne, un canadien et un australien ont emménagé. Ensemble, nous voulons grimper jusqu'à Shankaracharya Temple mais, comme le sud apporte des nuages qui voilent le ciel, nous reportons l'escalade au lendemain.

Nous accédons donc à Nehru Garden, square carré et fleuri de petite dimension, sans autre intérêt que celui d'être au milieu du lac et de rapporter des roupies aux gondoliers qui n'ont qu'une quinzaine de mètres à faire depuis la berge. Que dire de cet endroit, sinon qu'on l'imagine aisément en juillet-août, gorgé de touristes et de vendeurs de rafraîchissements.


Nehru Park, Srinagar

Beaucoup plus typique, le dîner qui a lieu dans la maison de Gulam, en compagnie de Elie et des deux autres étrangers. Menu : "rice and vegetable", servi avec du thé iranien.
Elie et moi étrennons une nouvelle complicité, du fait du voyage de noces que l'on va accomplir demain sur le Dal Lake, pendant deux jours et deux nuits, en amoureux et...en gondole.

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