28 octobre 1981

J018 - Bus pour le Ladakh : Srinagar - Kargil

Trouver un autobus de classe A qui part pour Kargil n'est pas une affaire facile ce matin à la gare routière de Srinagar.
Dans cette petite enceinte, véritable caravansérail, les véhicules démarrent et fument, créant une pagaille invraisemblable. Les bus pour Jammu, censés être partis depuis une heure, apportent une honnête contribution à cet ensemble chaotique.

Enfin renseignés de façon correcte, nous pouvons monter dans notre A-Bus qui s'en va faire le plein d'essence avant de recueillir ses passagers.

La route passe sur la rive gauche du Dal Lake. Un peu plus tard, au détour d'une coulée rocheuse, nous choisissons une vallée transversale pour pénétrer dans la montagne.

Une fois quittée notre vallée heureuse, nous voilà désormais plongés pour un long voyage dans un univers résolument montagneux.



Premier arrêt, Kagan

Le spectacle d’un homme accroupi dans la rue, au pied d’un mur, se faisant raser le crâne, me laisse une forte impression. La lame du rasoir attaque la masse des cheveux à la surface du crâne, arrache à chaque passage de lourdes touffes. La peau nue de cette tête mutilée apparait avec toutes ses irrégularités. Peu après, l’homme se relève, coiffe d’un bonnet la peau qu’il a caressée pour en apprécier la surface et s’éloigne dans la rue.
Un peu plus loin, le long du même mur, un homme pisse en s’efforçant d’éloigner, d’un pied tremblant, une vache charognarde en quête d’odeurs musquées. Tels des rats ou des chacals, ces animaux parasites lourds de kilos de bonne chair fraiche trainent inutiles et libres dans les rues, cherchant dans les caniveaux les détritus qui constituent leur repas.

A Sonamarg, on constate que l’hiver a progressé à grands pas. Les pentes autour des pauvres baraques de bois sont enneigées. Le souffle chaud des poneys dans l’air froid projette un double nuage de condensation. Brian et moi profitons rapidement de la demi-heure allouée pour nous restaurer dans un bâtiment en ciment qui paraît désaffecté, ouvert à tous vents et dans lequel règne un froid glacial.

Trainant dans les vallées, dominant quelque peu le fleuve qui s’inscrit au fond, nous continuons de nous enfoncer dans la montagne.
Enfin, il nous faut accomplir une montée impressionnante afin de franchir le col du Zojila, à plus de 3000 m. La route en lacets serrés attaque la paroi presque verticale. Chacun son tour, après chaque virage, un côté du bus apprécie la hauteur qui nous sépare du fond de la vallée tout en bas, et aucun esprit ne peut s’empêcher d’imaginer la roue du car qui dérape sur le sol caillouteux friable, puis la chute vertigineuse.
Arrivé au col, on savoure la victoire sur le relief topographique.
Le col est assez large, en cuvette plutôt douce. C’est là que viennent s’accumuler les neiges dès que l’hiver s’annonce.

Nouvelle région, nouvelle vallée plus élevée que la précédente.
Difficile à décrire, mais on perçoit intuitivement que notre route s’engage désormais vers des territoires singuliers. Confirmation peu après lorsque l’on rencontre des variétés minérales surprenantes. Les constructions géologiques se succèdent, à chaque fois différentes, toujours insolites.
Pendant un moment, la pierre se rassemble en monumentales lames horizontales qui structurent la roche en la veinant.
Ailleurs, la crête semble s’être disloquée la minute précédant notre arrivée. De gigantesques blocs ont roulé en direction de la rivière en contrebas, l’éboulis semble figé, certains cailloux attendent, en équilibre, qu’on les aide à reprendre leur course pour faire gicler l’eau pure.
Plus loin, la roche a perdu son agressivité. Elle n’a plus d’aspérités et les pentes ont la fluidité d’une dune et la couleur du sable.
Peu après, architecture complexe supportée par des tuyaux d’orgue minéraux, conférant une orientation verticale à la paroi rocheuse.
Plus loin encore, le sol se hérisse de gigantesques stalagmites avant que les veines de la paroi rocheuse ne s’élèvent par endroits, comme soulevés par une poussée volcanique. Et cette pierre, si elle est toujours ocre, joue parfois à prendre des reflets verts, des reflets rouges, tellement subtils et surprenants que l’œil même s’étonne...


Etape à Kargil

Kargil. Le bus s’est à peine arrêté que déjà les jeunes rabatteurs nous glissent dans la main la carte de leur hôtel. Il faut décharger les sacs dans l’obscurité précoce et le froid qui l’accompagne.
L’hôtel qui nous héberge présente les signes de rudesse montagnarde propre à cette région. Nous croisons les filles adeptes de Rajneesh entrevues à Sonamarg, puis, en fin de repas, Fernando qui revient de Leh en jeep accompagné de deux gros bourgeois suisses.
Essoufflements fréquents pendant une nuit presque blanche.

_____________________La carte de la journée_____________________

1 commentaire:

  1. Blog sympa. Les cartes interactives apportent un vrai plus. Visualiser un trajet et les photos associees aident a vous suivre. Ce n est pas si frequent sur les blogs de voyage. Bonne initiative.

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